Etudier et réussir dans les départements et régions d’outre-mer

La table ronde :

Comme toute notre génération, les jeunes ultra-marins sont pleinement touchés par la crise. Mais ils doivent également faire face à des problématiques spécifiques, qui ont un impact sur leur quotidien et qui remet en cause leur accès à l’enseignement supérieur et au diplôme. Alors que le phénomène de massification de l’enseignement supérieur a passé un cap important dans les années 1980 en métropole, il a fallu attendre 10 ans de plus pour voir ce phénomène en Outre-Mer. Beaucoup des jeunes ultra-marins qui accèdent aujourd’hui à l’université sont les premiers de leur famille à faire des études supérieures. Même quand ils accèdent à l’université, le manque de moyens des établissements, le coût des études, l’insuffisance du système d’aides sociales pour faire face à la vie chère, l’offre de formation réduite… sont autant de facteurs qui freinent la réussite du plus grand nombre.

Les barrières sont nombreuses et limitent le rôle d’ascenseur social que doit avoir l’université. La première d’entre elles est le manque de perspectives après les études. Quand bien même le diplôme est la meilleure protection sur le marché de l’emploi, le taux de chômage chez les jeunes atteint un record de presque 60% dans certains départements et les emplois ne sont pas à la hauteur des qualifications. D’autres barrières existent : les réseaux de transports, souvent insuffisants et peu adaptés aux étudiants. Pour ceux qui n’ont pas de site universitaire à proximité du domicile parental, la dernière solution reste l’accès à un logement autonome. Là aussi, cela représente un coût important pour les étudiants qui bien souvent, faute de logements CROUS en nombre suffisant, sont contraints de se tourner vers le privé, plus onéreux, ou de renoncer aux études faute de moyens. Enfin, l’offre de formation réduite proposée dans les établissements d’outre-mer contraint bon nombre d’étudiants à faire le choix de la mobilité et de poursuivre leurs études en métropole. Mais cette mobilité est particulièrement discriminante socialement, malgré les dispositifs d’aides qui existent. Ceux  qui n’ont pas les moyens d’aller suivre leurs études en métropole renoncent souvent aux études supérieures  ou s’inscrivent à défaut dans une filière qui ne leur correspond pas.

Des conditions d’étude qui ne sont pas à la hauteur

Les universités des départements et régions d’Outre-Mer n’échappent pas  à la crise budgétaire que connait l’enseignement supérieur en France.  A cela s’ajoute des coûts importants liés à l’éloignement et qui ne sont pas pris en compte dans les dotations des universités. Ces difficultés budgétaires ont des conséquences concrètes sur les étudiants : offre de formation particulièrement faible, TD et amphis surchargés, suppression de certaines filières…  Les établissements n’ont pas de moyens suffisants pour renforcer l’encadrement et  pour favoriser la réussite de tous et en particulier des étudiants issus des filières technologiques et professionnelles qui sont particulièrement nombreux dans les universités ultra-marines.

Une précarité qui accentue les inégalités

Le contexte social et le coût de la vie plus élevé en Outre-Mer ont des conséquences importantes sur les étudiants ultra-marins qui sont particulièrement touché par la précarité. Les chiffres sont éloquents : près de 60% des étudiants ultra-marins sont  boursiers, contre 25 % environ au niveau national,  parmi les boursiers près de 75% d’entre eux le sont à des échelons très élevés (6 ou 7). Cette forte précarité, qui n’est actuellement prise en charge par aucune aide (contrairement aux fonctionnaires par exemple qui ont une prime « vie chère » sur leur salaire), contraint les étudiants soit à être salarié) soit à dépendre de leurs familles, qui bien souvent sont elles-mêmes fortement confrontées à la précarité.

Assurer le droit aux études partout sur le territoire

En rassemblant différents acteurs universitaires ou politiques directement concernés par les Outre-Mer, cette table ronde nous permettra de dresser un état des lieux exhaustif sur la situation des étudiants ultra-marins et de développer les revendications qui répondent à leurs attentes. L’enjeu et de garantir la continuité territoriale du service public d’enseignement supérieur pour assurer le droit à la réussite de tous les étudiants.